薄明

Des brumes de Kobe au soleil éclatant de Sanda, des policiers et yakuzas sont assassinés dans la plus sordide des mises en scène, avec un même symbole tatoué sur la langue. Parmi les touristes survoltés et les citadins forgeant leur vie dans les vicissitudes et les joies, au creux d’une foule compacte d’ingénus excentriques, d’individus candides, de salarymen scrupuleux et d’étudiants pleins de rêves et d'ardeurs, la mafia japonaise semble se scinder en deux.

Kobe, capitale de l’Excellence, voit peu à peu émerger une organisation criminelle plus opulente et déterminée qu’à l’accoutumée. La mafia japonaise, qui jusque là avait son siège au cœur d’Inazami, se voit débordée par un groupe rival, brutal et déchaîné. Un noyau constitué de criminels révoltés contre le code d’honneur des yakuzas, œuvrant à Sanda, et résolus à asseoir leur emprise sur Kobe.

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à l'aube de votre destinée

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20 juillet 2019A l’issu de la dernière MàJ, Amai Gakuen devient Hakumei. Bienvenue sur cette V2 toute neuve, proposant tout un panel de nouveautés qui, nous l’espérons, saura susciter en vous l’inspiration pour des Rps toujours plus déjantés : www

30 juin 2019Un nouveau RP libre a été posté par votre PNJ Alphonse Murphy. Au programme : festivités au district Fujin à l’occasion du Festival du Tanabata, célébrant les étoiles et l’amour. N’hésitez pas à y jeter un œil, et pourquoi pas, à venir y participer : www




 
Welcome to Hakumei,
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Loveday Trevithick
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Loveday Trevithick
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Sweet, sweet butterfly
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Dim 10 Mai 2020 - 17:11
Make a Vow
Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je fais là, mais qu’est-ce que je fais là ? J’essaie de rassembler mes esprits, me balançant d’avant en arrière sur le banc où je me suis laissée tomber il y a maintenant… trente minutes, sans doute ? Ou plus ? Ou peut-être que le temps ne me paraît aussi long qu’à cause de l’état de nervosité dans lequel je me trouve ? Je ne sais pas… Je suis incapable de me calmer, au point que ça fait trois fois, maintenant, que je me demande où je suis ; juste une seconde, quand je me suis enfoncée un peu trop profondément dans mes esprits et que j’ai du mal à reprendre pied.

Au fond, je le sais : je suis dans un commissariat d’Uzume. J’y ai été amenée parce que d’autres jeunes Occidentaux ont volé à l’étalage du stand de confiseries du cinéma juste à côté de moi et que les vigiles ont cru que je faisais partie de leur bande. Mais cette histoire est tellement improbable que je n’arrive pas à y croire. Ce n’est pas possible que ça me soit arrivé, pas possible…

Et pourtant si. Juste le soir où tu as réussi à te décider à sortir d’Amai, juste le soir où tu as pu te persuader qu’il était temps que tu reprennes confiance en toi, juste le soir où tu as rassemblé ton courage pour marcher seule dans les rues. Il t’a fallu des jours pour te décider à te rendre au cinéma, en te disant que c’était un lieu fréquenté, qui te ferait côtoyer du monde inconnu mais sans être obligée d’interagir – merci à l’esprit qui a inventé les caisses automatiques ! Mais ces petits délinquants ont parfaitement choisi le jour et l’endroit…

Un éclat de voix me ramène sur terre. Un de ces jeunes, justement, commence à faire un esclandre mais il est vite remis à sa place par un policier occidental, un grand type avec un accent anglo-saxon qui détonne au milieu de ses collègues. J’ai essayé de l’interpeller, tout à l’heure, alors qu’il passait devant moi mais il était en grande discussion avec un autre agent et je n’ai pas osé insister. Et puis, finalement, il n’a pas l’air plus sympathique ou plus ouvert que les policiers nippons. Alors depuis, je reste assise là, à essayer de me réveiller de ce cauchemar, ou de bien intégrer ce qui est train de m’arriver.

J’ai tellement honte… Je n’ai rien à me reprocher, mais le résultat est le même : j’ai été traînée jusque dans un commissariat, je suis assise là sous le regard de tous les agents et visiteurs qui passent, et eux ne savent pas forcément que c’est une horrible méprise. Alors je ne peux que rester dans mon coin, la tête baissée, à espérer que M. Takeda arrivera vite…

Je ne sais même pas s’il a vraiment été appelé. Il m’a déjà fallu beaucoup insister pour qu’un policier me promette de le faire. J’ai dû lui expliquer, tant bien que mal, qu’il était la seule personne que je connaissais au Japon, et je pense que ma panique bien visible a grandement participé à le convaincre. En fait, je lui ai un peu menti : j’ai bien quelque part dans mon sac les coordonnées de ce collaborateur japonais de Trevithick Safe Home Ent. que Papa m’a données, mais je ne le connais pas et je ne veux pas le déranger pour une situation aussi gênante. Je préférerais que Papa, et surtout le cousin Douglas, n’en entende jamais parler.

Une nouvelle onde de panique vient me serrer la poitrine alors qu’une autre, terrible question naît : et s’il refusait de venir ? Il doit être le genre de personne toujours joignable mais acceptera-t-il de se déplacer pour moi, un vendredi soir ? Il est peut-être encore au travail, ou au contraire il profite de son temps libre ; je suis sûre que je peux trouver plein d’exemples d’activités qu’il ne voudrait pas interrompre pour moi. Et il aurait raison…

Je sens les tremblements remonter le long de mon corps quand un bruit de pas s’approchant de moi me fait relever la tête. Et les larmes qui jaillissent finalement sont l’exact opposé de celles qui menaçaient une seconde plus tôt : le signe d’un soulagement intense.

- M. Takeda !

Je voudrais le crier mais ma voix n’est pas plus vaillante que mes jambes : ça ressemble plus à un croassement, et mon saut vers lui à un trébuchement. Je me rattrape, me redresse et tente de reprendre une expression à peu près assurée.

- Je suis vraiment désolée de vous avoir fait déranger mais il y a une énorme méprise et je ne savais pas vers qui me tourner… Ils croient que j’ai volé mais c’est faux, je n’ai rien fait !

Là, je me rends compte que je ne sais même pas ce qu’il peut faire pour moi, concrètement… Tout ce dont je suis sûre, c’est que je serais incapable de faire face à cette histoire seule.
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Yasuo Takeda
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Mar 12 Mai 2020 - 22:05
Loveday Trevithick


Vendredi soir, à vingt heures précises, je reçois un coût de fil. Pourquoi? Sans doute pour me déranger parce que maintenant, j'étais en très bonne compagnie si vous voyez ce que je veux dire. À chaque fois que je dois signer un contrat, je dois me déplacer soit dans un restaurant ou dans un hôtel. Ça incite la personne – moi – à accepter n'importe quoi, mais je fais quand même attention. L'individu c'est pas si stupide, je sais que prendre du vin pendant toute la soirée me pousse à faire un mauvais choix. Et c'est sans compter toutes les femmes, qui sont des prostituées parce qu'on va se le dire, je suis moi-même un homme d'affaire qui prend parfois ce genre de service. En cette soirée, c'est une transaction qui partout au Japon, devra avoir une sécurité maximale dans chaque bâtisse. C'est très onéreux, mais je suis certain que ça en vaudra la peine. En plus c'est donnant donnant, lui est plein d'argent et moi je peux dormir les yeux fermés.

Et si on revenait à mon appel? Oui parce qu'en réalité, c'est tout ce qui a gâché ma soirée. Quand le numéro était affiché sur mon téléphone, j'ai tout de suite soupiré; encore ma sœur. Qu'est-ce qu'elle a foutue pour ce ramasser là-bas. Je suis tellement exaspéré de devoir la chercher tout le temps à chaque coin de la ville, j'ai même pas envie de répondre. Sauf que si je ne le fais pas, père fera plus que me flageller, putain. Je débarque de ma chaise pour me rendre un peu plus loin, ouvrant mon téléphone. ''Qui?'' Juste pour bien entendre. Évidemment que ce nom me dit quelque chose, je la vois presque trop souvent cette gamine. Je ne sais pas quoi faire, pourquoi moi d'ailleurs? Merde. Signant le papier, j'avoue un contre temps et saute dans mon auto. Devant le commissariat, je regarde mes cheveux bien léchés, mon costume droit et mes lacets bouclés. Ça faisait longtemps que je n'étais pas entré ici, et je ne m'en plains pas.

Qu'est-ce que cette andouille a fait pour se ramasser ici? Ce n'est pas du tout son genre il me semble.

-Je dois parler au policier qui a emprisonné les voleurs au cinéma, maintenant.

-C'est moi, vous désirez?


-Ce que je veux? Je dois savoir ce qui s'est passé, et où est la fille.

-Euh...les trois gamins se sont m'y à voler des paquets de bonbons, alors on les a arrêter sur le champ. La fille aussi.

-Vraiment? Qui vous dit que la môme en faisait partie? Elle est mineure, vous ne pouvez pas la garder contre son gré.


Les policiers me fixent d'un air croche, comme si c'était moi le méchant ici. Mes souliers claquent si forts qu'on entend que ça. Je garde quand même mon apparence froide, ce n'est pas parce qu'ils ont des flingues que je vais me laisser intimider. Et puis je l'aperçois. Elle fait pitié, toute seule sur ce petit banc. Je prends la chaise qui fait office du bureau pleins de paperasse.

-Assieds-toi convenablement. Pour l'instant il n'y a rien à faire pour te sauver, sauf patienter. J'ai parlé au policier, on doit attendre les enregistrements pour voir si tu es innocente, ça ne devrait pas tarder. Si je paye ta caution, tu vas avoir un procès et ils sont rarement équitables pour les jeunes anglaises. Alors je vais rester avec toi, j'ai déjà la soirée de gâchée, que ça te serve de leçon. J'espère tu as une bonne raison pour m'avoir appelé?



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Loveday Trevithick
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Loveday Trevithick
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Jeu 21 Mai 2020 - 16:30
Make a vow
Je savais que ça ne lui ferait pas plaisir de devoir venir ici, surtout à cette heure-ci. Je m’attendais même à être réprimandée, pour la forme, parce qu’il faut saisir toutes les occasions de rappeler à quelqu’un que finir au commissariat, même à cause d’un malentendu, est une expérience à ne surtout pas réitérer. Mais j’espérais tout de même un peu de compassion, après cet incontournable sermon. J’ai eu une peur bleue, tout de même ! J’ai été empoignée come une petite délinquante, sans comprendre ce qui me tombait dessus ; j’ai été jetée sur un banc, dans un coin d’une salle grouillant d’allers-retours empressés et soucieux, bruissant de conversations et du crachat des imprimantes qui tournent à plein régime. Et rien ne me préparait à cela. Il a dû être inquiet, non ? Ne serait-ce qu’un tout petit peu ? Alors j’ai bien droit à quelques mots compréhensifs, à un regard doux qui trahirait son soulagement…

Tu devrais savoir que ce n’est pas dans le style de M. Takeda. Vos rencontres ont toujours été des leçons, jamais des rendez-vous amicaux. Et même si les circonstances de sa venue sont exceptionnelles, rien ne laisse à penser qu’il se montrera plus détendu, bien au contraire. En fait, tu le sais, au fond. C’est pour ça que tu n’es finalement pas tant surprise quand il s’adresse à toi plutôt sèchement, qu’il t’ordonne directement de t’asseoir.

Malgré ma déception, je lui obéis. Je prends place sur la chaise qu’il me désigne, pose les mains jointes sur mes cuisses et garde le regard baissé. J’essaie de l’écouter, mais je dois en même temps me concentrer pour ne pas trembler comme une feuille. J’entends « patienter », « caution » et « procès » : rien qui puisse me calmer. Alors j’essaie de respirer et de faire une chose à la fois, en commençant par répondre à sa question.

Ce n’est pas franchement facile, j’avoue : la réponse me semble tellement évidente… Face à n’importe qui d’autre, je devrais probablement faire un certain effort pour ne pas me montrer hautaine mais qui pourrait être hautain face à M. Takeda ? Au lieu de ça, je me ratatine donc sur ma chaise, soudain incertaine quant à mes propres raisons, quand bien même elles me semblaient si évidentes une minute plus tôt.

- Eh bien… hésitais-je.

Mais je ne dois pas hésiter. Ces dernières semaines, sous l’impulsion de ces leçons régulières, c’est la première chose que j’ai cherché à corriger chez moi. Alors je me racle la gorge et respire profondément avant de relever le regard vers M. Takeda.

- J’ai eu peur, avoué-je. Le premier policier à qui j’ai eu affaire avait un accent très fort, un accent autre que celui du Kansai, donc j’avais du mal à le comprendre. Et étant donné la gravité de la situation, je ne voulais pas prendre le risque de passer à côté de tous les détails de ce qu’il me dirait.

Pour ne pas bafouiller, je fais ce que mon professeur de japonais me conseillait : me raccrocher à ce que j’ai appris par-cœur, ces expressions et tournures de phrase qui sont devenues des automatismes. Ainsi, j’ai pu débiter cette tirade d’un trait. Je poursuis cette stratégie pour la suite. Elle donne sans doute un ton un peu rigide à mon discours, mais M. Takeda ne s’en moquera pas, j’en suis sûre.

- De plus, je ne sais rien des procédures pénales du Japon. J’ai ressenti le besoin d’avoir près de moi quelqu’un qui s’assurerait que je comprends tout et que je fais ce qu’il faut pour m’en sortir au plus vite.

À ce point-là, je ne tiens plus. Mes yeux reviennent se poser sur mes mains.

- Je suis désolée d’avoir dû faire appel à vous, mais en dehors de vous, mes connaissances au Japon se limitent à mes camarades de classe. Et je ne peux pas véritablement leur faire confiance, dans ce genre de situation, n’est-ce pas ?

Ta tentative de sourire est absolument minable.

- De plus…

Je hais mon hésitation à ce moment-là.

- De plus, je dois avouer que j’espérais que vous pourriez arranger les choses… un peu plus vite ? Vous avec ce genre de… pouvoir de persuasion, n’est-ce pas ?

C’est bien connu que le monde fonctionne ainsi, n’est-ce pas ? Les puissants tirent les ficelles, nouent des relations avec d’autres pouvant atteindre celles qu’eux-mêmes ne peuvent manipuler, et tissent ainsi une toile les isolant du monde si compliqué dans lequel s’embourbent les simples mortels.
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Yasuo Takeda
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Ven 29 Mai 2020 - 17:36
Loveday Trevithick


Peur? Depuis quand les gosses de seize ans ont peur de quoi que ce soit? Avec toutes ces soirées passées ensemble, je pensais qu'elle aurait gagné en prestance. Elle est aussi stressée – si ce n'est pas plus – que la première fois que je l'ai rencontrée. Qu'elle s'étire vers le haut tout en étant droite par pitié, qu'est-ce que je fous ici sinon. Et c'est pas comme si ça m'intéressait, ses sentiments. J'attendais son avis, ou plutôt son compte rendu des faits, mais on dirait bien qu'on devra s'en passer pour le moment puisqu'elle lance tout ses soucis en presqu'une phrase. Je ne bronche pas, je sais qu'elle a encore quelques difficultés avec la langue nipponne et c'est normal. D'un autre côté, je sais pourquoi Loveday fait ça. Ce n'est pas l'endroit idéal pour attendre, encore moins quand il y a de vrais criminels juste à côté de toi. Enfin, j'espère qu'il ne le sont pas tous. C'est un peu cacophonique, ses oreilles doivent bourdonner et je pardonne sa concentration, c'est tout à fait ingérable ici. La pauvre n'a pas eu le temps de décompresser, et ne sait toujours pas gérer son stress. Je ne peux pas la faire sortir en un claquement de doigts, ce serait trop facile.

Il vient tout de même une question qui se loge dans ma tête : est-ce que je regrette de lui avoir dit oui cette fameuse fois? Au début, bien sûr, je ne savais même pas dans quoi je m'embarquais. Avec le temps, elle m'a attendri comme moi je l'ai refroidie. C'est bien être jovial avec les gens, mais paraître transparent est encore mieux, non? Même si j’adore me voir dans le miroir, je déteste les gens qui me fixent pour aucune raison valable. Un peu plus et elle me dit la première fois qu'elle a perdu une dent. Depuis mon arrivée, je la fixe sans méchanceté, elle fait déjà pitié à mon goût. Comment lui dire ensuite que ce sera un coup de chance si on peut sortir ce soir? Elle a bien fait de m'appeler, mais pour l'instant je ne sers strictement à rien sauf à l'écouter. Ça me rend...mal à l'aise. Ce n'est pas l'endroit qui me gêne, mais surtout la raison de ma venue et pour qui.

Ce n'est pas joli dans les prisons au Japon, et je sais qu'avoir un avocat coûte non seulement la peau des fesses mais en avoir un bon, il faut attendre des mois. D'autant plus que pendant les interrogatoires, c'est quasi interdit juste pour faire plier et pleurer la personne pour qu'elle avoue un crime qu'elle n'a même pas commis. Si les enregistrements prennent trop de temps à être visionnés, elle pourrait être mises en cellule pendant soixante-douze heures et s'il y a d'autres preuves qui s'ajoutent, à chaque fois son temps sera augmenté. Ce n'est pas moi qui décide les lois en détention, mais je sais que si elle est libérée sous caution, sa vie sera un enfer et on me demandera pourquoi j'y étais.

-On appelle ça la prise en otage. Plus les policiers ont des preuves contre toi, plus les mois sont reculés pour sortir de prison. Je ne veux pas t’effrayer, mais j'espère vraiment que tu n'as rien volé et que ces abrutis ne t'impliqueront pas dans leur jeu. Sinon, ça risque de mal tourner et prendre des mois, voire un an parce que tu n'es pas japonaise.

Tout en voyant un policier s'approcher, je le fixe de manière sérieuse.

-Excusez-moi, vous êtes à ma place.


-Et? Allez donc faire votre travail qu'on fiche le camp. Vous ne voyez pas qu'elle est angoissée? Allez chercher un verre d'eau.

Pour ça, je peux bien être persuasif. En me levant, je prends mon jeton dans ma poche de pantalon dont j'ai toujours sur moi et me rassois. Je prends sa main et le dépose sur sa paume. C'est la première fois que je fais ça, puisque c'est mon porte-bonheur. Je l'ai tellement utilisé qu'il est rendu blanc, mais ce n'est pas la couleur qui compte. Me raclant la gorge, je la regarde avec pondération.

-Prends-le pour l'instant, c'est mon porte-bonheur quand je suis anxieux. Je joue avec entre mes doigts, comme ça je suis plus calme. Je vais faire mon possible pour arranger ta sortie, maintenant essaye de te maîtriser.


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Lun 1 Juin 2020 - 22:27
Make a vow
Je n’étais pas censée réagir ainsi. Le visage de M. Takeda n’est pas très expressif mais je suis sûre que c’est de la déception, peut-être même du mépris, qui obscurcit son regard et tord légèrement ses lèvres fines. J’aurais sans doute dû essayer de me sortir de là moi-même, prendre sur moi pour garder mon calme et plaider ma cause. Avoir des relations aux bras longs, c’est une chose ; pouvoir se sortir soi-même de situations délicates est peut-être encore mieux, tout compte fait. Après tout, c’est bien à ça qu’il m’entraîne, depuis des semaines : à prendre mes responsabilités.

Je baisse de nouveau les yeux, prête à m’excuser platement et à jurer que je vais être plus digne de lui, quand il reprend la parole. Et s’il prétend ne pas vouloir m’effrayer, il rate son but si largement que c’est à se demander si ce n’était pas volontaire. Ma respiration s’accélère, ma vue se brouille, un léger vertige me fait osciller sur ma chaise. Je connais ces symptômes et sais que je dois me reprendre : je tire sur la manche droite de mon chemisier et me pince fortement le poignet à travers le tissu. Une pointe de douleur m’électrise, agissant comme un choc pour me remettre un peu les idées sur les rails. Je ne suis pas tout à fait calmée, il me faudrait bien plus que ça pour réellement me sentir bien, mais j’ai réussis à prendre une grande inspiration et ça devra suffire pour le moment.

J’ai agi sans baisser les yeux, désormais habituée à cette procédure de sauvetage d’urgence, et pendant ce temps, M. Takeda parlait à ce policier qui s’était approché, donc je pense qu’il n’a rien remarqué : je l’espère sincèrement. Je redoute le contraire lorsqu’il me prend le poignet, posant son pouce précisément là où j’ai malmené ma peau, m’arrachant une exclamation mêlant surprise et une légère douleur. Comprenant mon erreur, et que mon secret est en sécurité, je baisse les yeux vers ma paume et le jeton de plastique blanchi qu’il y a posé.

Son explication me laisse sans voix. Je regarde l’objet sans vraiment comprendre, puis relève un regard incrédule vers son visage. Il est toujours aussi difficile à lire mais je n’y vois plus la même dureté qu’il y a quelques minutes. Cela m’aide un peu à respirer.

- Je vous remercie infiniment, dis-je, peut-être un peu trop poliment, en m’inclinant profondément. J’essaie de me maîtriser, je vous assure, mais…

Je ne finis pas ma phrase, préférant reprendre mon souffle plutôt que balbutier de pathétiques excuses. Je ne peux pourtant m’empêcher de détourner les yeux, et mon regard se pose quelques bureaux plus loin, sur le profil d’un des garçons de la bande avec laquelle j’ai été arrêtée. Le policier qui l’interroge le met dans ses petits souliers et je me demande s’il aura le cran de mentir en prétendant que j’étais avec eux. C’était un des scénarios qui me torturaient, pendant mon attente terrorisée, mais à présent que je reprends un peu mes esprits, je me rends compte de son absurdité. Quel avantage aurait-il à mentir ainsi ? Je ne leur ai rien fait, donné aucune raison de vouloir m’emmerder.

Faisant distraitement rouler le jeton dans ma paume, je tente même de réfléchir plus en avant pour faire avancer mon affaire. De là à dire que M. Takeda a un effet apaisant sur toi, ce serait beaucoup s’avancer. Bénéfique, peut-être… Même si te foutre la trouille a rarement été la bonne façon de procéder avec toi, au moins il t’a empêchée de sombrer dans ta panique. Lui, et ta douloureuse technique pour te distraire. D’ailleurs, si tu n’avais pas ce jeton dans la main – bonne idée, de le faire passer dans ta paume gauche – tu serais probablement en train de te triturer le poignet. L’envie est toujours présente mais au moins, tu entrevois une autre façon de t’extraire de là que de te replier sur toi-même et tu peux encore tenter d’y résister.

- Il doit y avoir de la vidéo-surveillance, au cinéma, non ? demandé-je. Elles pourront montrer que je ne me suis pas approchée du stand de confiserie, je n’ai même eu aucune interaction avec ces gens.

Tout en parlant, j’essaie de me souvenir si j’ai vu des caméras dans l’entrée du cinéma mais impossible d’en être sûre. J’ai beaucoup plus regardé le sol que le plafond, durant mon court passage là-bas. Mais ça me paraîtrait logique.

Je suis tellement plongée dans mes pensées que je mets un instant à remarquer que le policier rabroué par M. Takeda est revenu et me tend un verre d’eau. Je le prends, remercie poliment l’agent qui s’éloigne après un regard hésitant envers mon sauveur et en bois la moitié d’une traite. Je n’avais pas remarqué à quel point le stress m’avait asséché la bouche. Cette simple gorgée d’eau m’aide encore un peu à me détendre quand une vision fait de nouveau grimper mon rythme cardiaque : un homme entre dans la salle, s’arrête un instant comme pour chercher quelqu’un du regard puis se dirige à grands pas vers une autre fille, arrêtée en même temps que moi. Je sens mon sang quitter mon visage.

- Vous savez s’ils ont déjà appelé mon père ? demandé-je d’une voix blanche. Il ne le faut pas, il ne faut pas que mon père l’apprenne ! Surtout pas !
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